Le coin de nos poètes
Jacqueline DELPY, de Efyres-sur-Indre
(fr).
Médaille de vermeil A.E.A.
Sauver
le monde
Vite
! Il nous faut sauver le monde
Poètes de tous les pays,
Car la blessure est trop
profonde
Et
l'angoisse y a fait son nid.
Les
hommes sont pris de délire,
De
haine et d'infernaux
projets,
Mais
il est des cordes de lyre
Qui
sont des liens anti-projets.
S'est
fermé le cœur de la rose
Devant
l'urgence de l'amour ;
Place
à la grande Métamorphose
D'où
pourra poindre un Autre jour !
Vite
! Il nous faut sauver le monde
Qui
creuse aujourd'hui son tombeau,
Poètes,
fraternelle ronde
Pour
qu'y naisse un Homme nouveau.
Si
ce miracle peut fleurir
La
Rose pourra se rouvrir.
Chanson
de la mer
La
mer est cette âme très vaste
Qui
dort au chant de tous ses plis ;
En
son persévérant roulis
Elle
granule son grand faste.
La
mer est cette âme profonde
Aux
fonds ténébreux et fleuris ;
La
fleur du mystère sourit
Dans
l'écume aux lèvres du monde.
La
mer est cette âme très sage
Refermant
sur son sel jaloux
Le
blanc jabot de son remous
Où meurt le droit de son rivage.
La
mer est cette âme bruissante
Et
ses bras, aux cous des rochers
Par
ses remords toujours léchés
En
font une éternelle amante.
La
mer est cette âme changeante
Aux
scintillements infinis.
Sous
le grand bateau de la nuit
Elle
berce toute épouvante ;
La
mer est cette âme mouvante…
La
Forêt des mille poètes
La
Forêt des mille poètes
Va
pousser sur le front du temps
Comme
une chevelure en fête
Criant
bien haut leurs mille chants.
Mille
colonnes de lumière
En
un grand temple de l'Esprit
Absorbant
le sang de la terre
Pour
l'unir au Corps infini.
Mille
arbres seront vers la nue
Les
officiants d'un rite neuf ;
En
chaque, un poète transmue
Pain
et Vin dont le monde est veuf.
Pour
la communion sublime
De
tous les hommes en tourment.
Leurs
feuilles vont porter aux cimes
Des
frissons de ravissement.
Et
l'universelle tempête
Mille
mâts se balanceront
Au
vent d'amour et de pardon
Pacifiant
toute la planète. :
La
Forêt des Mille Poètes !
Jacqueline
Delpy.
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Pierre
COELLO, de
St-Gervais-sur-Mare(F)
Médaille de vermeil A.E.A.
Retour
aux sources
Quand
le printemps revient sur les sentiers fleuris,
Que la truite, en son lit, remonte vers la source,
Je retrouve en ces lieux que j'ai toujours chéris
Le somptueux décor où s'arrête ma course.
Là-haut,
lorsque le vent fait chanter la forêt,
La fraîcheur du Caroux ravive en ma mémoire
Le souvenir brûlant, mais toujours trop discret,
D'écrivains dont les noms resteront dans l'histoire.
Quand
le quitte à regret ce couvert giboyeux,
Je découvre à mes pieds, sur les bords de la Mare,
Un village aussi cher à mon cœur qu'à mes yeux.
Loin des heurts et la ville et de son tintamarre.
Andrabe
ma racine, Andrabe où je rêvais
De sites enchanteurs, de soleil, de Tropiques:
J'ai grandi dans ses murs mais c'est à St-Gervais
Que j'ai pu cultiver la fleur de Rhétorique.
Je
n'ai jamais trouvé, dans mon rêve insensé,
Ce que je redécouvre ici
quand je m'arrête :
Un accueil chaleureux,le respect du passé,
Le bonheur de la table et l'amour de la fête;
Alors,
pour mieux saisir cet instant fugitif
Qui réchauffe mon cœur et qui me réconforte,
Quand je suis au pays, solitaire et furtif,
Du musée ancestral, je viens pousser la porte.
Le secret du bonheur
Laisse
battre ton cœur au rythme des saisons :
Radieux en été, nostalgique en automne,
Chaleureux en hiver, trouve mille raisons.
De vibrer aux refrains que le printemps te donne.
Si
l'éclat de la fleur, le rire de l'enfant,
Sont autant de présents que t'offre la nature,
Cueille-les sans réserve et, les cheveux au vent,
Fais des fours de ta vie une belle aventure.
Si
tu peux t'émouvoir d'un chant mélodieux,
S'il opère sur toi comme un souffle magique,
Ne cache pas ces pleurs qui font briller les yeux.
Abandonne ton rêve à sa douce musique.
Accepte
pour miroir ce regard de velours
Qui se pose sur toi, doux comme une caresse.
Elle ne dure pas la saison des amours.
N'attends pas qu'au matin son charme disparaisse.
De
l' océan de vie, au flot tumultueux,
Retire chaque jour le plus beau coquillage ;
Mais prends garde aux courants souvent
impétueux,
Qui cachent les écueils au creux de
leur sillage.
Chante
et ris comme rit le petit ramoneur,
Heureux de ce qu'il et, ne jalousant personne,
Il a trouvé, crois-moi, le secret du bonheur
Qui se cache partout sans qu'on ne le soupçonne.
Tourment
Sur
le bord du chemin qui mène à la colline
,J'ai posé mon bâton et je me suis assis
Car j'avais, en partant, à
cet endroit précis,
Pu me désaltérer d'eau fraîche et cristalline
Je
reconnu bien vite, à l'abri du rocher,
Le murmure discret de la petite source
Qui venait m'accueillir au terme de ma course
Comme on guette un ami, sans oser l'approcher.
Combien
j'aurais voulu lui dire, en confidence,
Qu'il fait bon, du pays, retrouver la chaleur
Quand parcourant le monde au contact du
malheur,
On a rêvé cent fois de cette
providence.
Quand
on a vu ces gens, privés de liberté,
Attendre, impatients, que la mort les délivre
De la faim, de la peur ou d'un dictateur, ivre
Du pouvoir qu'il exerce avec brutalité.
Quand
on a vu, pieds nus, ces enfants sur la route,
Orphelins depuis peu, seuls et désemparés,
L'horreur présente encore en leurs yeux effarés,
Meurtris par les excès d'une armée en déroute.
J'aurais
voulu crier mon bonheur de revoir
Les gosses du pays courant à la fontaine
En se donnant la main pour former une chaîne,
Quand brillait dans leurs yeux la flamme
de
l'espoir.
Mais
je n'ai pas voulu troubler l'eau de la source.
J'ai repris mon bâton et je suis reparti,
Triste et désabusé, le cœur anéanti.
Je
ne sais maintenant ou finira ma course.
Pierre COELLO
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